Réécriture des p. 40-44 de "On s'embrasse pas ?"

Publié le par C.D.I. du lycée Voltaire

Je lisais le journal, assise, dans la cuisine. Distraite par des ombres en mouvement sur la table, je levai la tête et me leva sans fluidité pour mes vieilles articulations en reconnaissant Lucienne, côte à côte de l’homme aperçu dans la cour. Qui était donc cet inconnu qui perturbait mes dernières années monotones ?

Je regardais l’individu. Il ne répondit pas. Il s’avança et s’arrêta près de moi. Ces yeux… Ce visage serait-ce…

Mon cœur se serra Il ne bougeait pas mais ses yeux me transperçaient le cœur. Mon Dieu. Faiblement, je vins poser ma tête dans le creux de son épaule. Venait-il voler mon énergie ? Oh mon Dieu, Bernard…

J’étais là, contre cet homme que j’avais tenté de retenir quinze ans auparavant, j’étais là. Il était là. Il était revenu. Mon fils. Pouvais-je vraiment le nommer ainsi après tant d’années qui nous séparaient ? Lui seul avait décidé de partir. A vrai dire, je m’y attendais quelque peu, bien que j’avais redouté ce moment. Il nous a quitté, un matin d’hiver où la neige et le vent s’abattaient sur notre campagne. J’espérais qu’il revienne, je l’attendais. Nous l’attendions tous. Et puis le temps nous a fait mettre cet espoir au fond de nos souvenirs. Qu’étais-tu devenu ? M’étais-tu inconnu à cette heure-ci ? L’homme dressé contre moi me fit relever doucement la tête. Non, au fond, il n’avait pas changé. Allait-il repartir ? C’était trop d’émotions. Seul mon regard avait la force de transmettre ce que je pensais. J’essayais alors de faire passer tout l’amour que j’avais pour toi dans l’espoir d’oublier ou de rattraper le temps perdu. Peut-être même les deux.

Je perçus un «Asseyez-vous », du moins ce que j’en compris. Je me laissa tomber sur ma chaise, tel une vieille femme a demi anéantie. J’enfouis mon visage dans le creux de mes bras sans pouvoir encore contrôler mon souffle qui était maintenant saccadé.

Une boule de poil noir, notre chat, vint me surprendre en sautant sur mes genoux et je la caressai machinalement. Je regardais de nouveau cet homme en le détaillant un peu plus. Les traits de son visage qu’il tenait de son père étaient plus visibles. Son père, si il était encore là… Pendant quinze longues années il n’avait donné qu’une lettre remplie du strict minimum, comme si tout allait dans le meilleur des mondes.

Je baissai les yeux sur Ramsès II et pris la parole après mon silence, sans doute pesant pour eux. Je me perdais dans mes pensées.

Non ! Non sûrement pas. Il ne comprenait pas. Il était parti, oui, il était bien parti. Comme un voleur. Il nous avait volé sa propre vie, sa présence. Il avait volé la vie de son père et il revenait comme çà, si simplement alors qu’il m’avait torturé l’esprit pendant des années !

Il avait répondu si simplement… Mon Dieu, mais se rendait-il compte de ce que j’avais enduré en m’abandonnant si brutalement ? Et il avait voyagé…

Il respirait nerveusement. Regrettait-il ?

Point du tout ! Comment pouvait-il !

 

Audrey T., 1ère L2

Passage p. 40-44

Changement de point de vue et de registre

 

 

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